lundi 25 février 2013

Lectures croisées Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey, Anne Châtel-Demenge

Respectivement fille de harki, fille de moudjahid et descendante des premiers conquérants, Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey et Anne Châtel-Demenge sont trois auteurs attachés à l’Algérie au travers d’histoires différentes. Liées par une profonde amitié, conscientes de ne pouvoir endosser les aléas de l’Histoire, refusant la violence et le manichéisme, elles se retrouvent dans leur humanité commune pour tenter d’amorcer ensemble un processus d'apaisement. La lecture croisée de leurs textes s'inscrit dans le désir de progresser vers une pacification du sujet, indissociable de visions échangées sur l'histoire franco- algérienne.

MAISSA BEY :
Etoile montante de la littérature algérienne, Maïssa Bey est née en 1950 dans le village de Ksar el Boukhari (Médéa). Ex-enseignante en lettres, puis conseillère pédagogique à Sidi-Bel-Abbès, elle n'a commencé à écrire qu'à la maturité. Pourtant, elle s'est nourrie de mots dès sa petite enfance. Elle libère dans l'écriture le courant silencieux qui la traverse depuis la mort de son père, instituteur, membre du FLN, tué par des Français dont elle appréciait la langue et la culture. Ses ouvrages, situés dans la période post-coloniale, sont le miroir sensible d'une génération dont on oublie souvent qu'elle a connu le privilège de vivre les moments historiques de l'indépendance, avant la désillusion et les années de plomb.
Actrice attentive et courageuse de la promotion de la culture dans une Algérie où elle est loin d'être prioritaire, Maïssa Bey est co-fondatrice dans sa ville de l'association « Paroles et écriture » accueillant des femmes autour d'ateliers d'écriture et de lecture ainsi qu’une bibliothèque fondée avec le concours de la commission européenne.
Maïssa Bey est l'auteure de nombreux romans, nouvelles, pièces de théâtre. Traduite en plusieurs langues (anglais, allemand, italien, suédois), elle est lauréate de plusieurs prix littéraires en France. Elle a également été distinguée par le Prix des libraires d’Alger en 2005. Elle a reçu en 2008 le Grand Prix du Roman de langue française du SILA (Salon du livre d’Alger) pour son roman Pierre sang papier ou cendre. Son dernier ouvrage Puisque mon cœur est mort a reçu en 2011 le prix Maghreb-Méditerranée de l’ADELF (Association des écrivains de langue française). La plupart des ouvrages de Maïssa Bey sont édités à l’Aube. Elle vit et travaille à Sidi-Bel-Abbès (Algérie).

FATIMA BESNACI-LANCOU :
Née en 1954 à Sidi Ghilès (ex-Novi) elle a grandi au cœur des contradictions entraînées par la guerre d'Algérie, comme beaucoup d'enfants issus d'une société rurale et tribale. Sa famille, déchirée entre des camps opposés, est contrainte de partir en France en 1962. Après une première étape derrière les barbelés du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Atlantiques), Fatima et ses sept frères et sœurs ont passé une grande partie de leur jeunesse dans le camp de Mouans-Sartoux ( Alpes-Maritimes).
Fatima Besnaci-Lancou a dirigé une société d'éditions médicales à Paris. Aujourd’hui titulaire d’un master 2 d’histoire contemporaine (Paris-Sorbonne), spécialiste de l’histoire des harkis, elle s'attache à restituer la complexité de l'Histoire, et dégager une vision objective du conflit au travers de la création de l'association Harkis et droits de l'homme, et de l’écriture de nombreux ouvrages, dont Fille de harki (éditions de l’Atelier, 2005) dont on a pu dire que « la douceur en fait la force ». Elle a été distinguée en 2005 par le prix Seligmann contre le racisme. Elle est également rédactrice en chef de la revue Diffusion Caraïbes, organe de presse de l’ONG Plac21. Elle vit et travaille à Paris.


ANNE CHATEL-DEMENGE :
Née en 1943 à Constantine, elle est descendante des premiers conquérants de l’Algérie, qu’elle quitte avec sa famille après les émeutes de Sétif, pour s’installer en Savoie dans les années cinquante. De formation juridique, elle a débuté sa vie professionnelle dans la gestion des ressources humaines (société Radiall, pdg-fondateur Yvon Gattaz, ex-président du Cnpf, aujourd’hui Medef), avant de poursuivre une carrière de journaliste indépendante, essentiellement comme correspondante régulière en Isère du quotidien économique Les Echos et, sous le pseudonyme d’Elisabeth Deval, de l’édition Rhône-Alpes du quotidien Le Monde. Comment j’ai tué le consul (éditions de l’Aube, mars 2012) est son premier livre. Elle vit et travaille à Grenoble.

1 commentaire:

  1. Trois femmes exceptionnelles, elles nous font voyager dans une Algérie que l'on ne trouve dans aucun livre d'Histoire!
    Pour sortir des mythes et des tabous, il faut commencer par lire ces livres iconoclastes!
    Merci.

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